Jeunesse , amour et mois de mai !
Te souviens-tu ,Lison ,quand nous tournions la ronde,
Au son des tambourins , pendant le mois de mai ?
J'appelais mon quartier "le paradis du monde ",
Nous avions dix sept ans et déja je t'aimais !
Tu portais un fichu noué sur la poitrine ,
Une ample jupe et des souliers à talons plats ;
Tu sentais le jasmin , parfois la mandarine ,
Quand je te le disais , tu riais aux éclats .
Le soir ,je t'attendais sur un banc de la place ,
Je te voyais de loin courir au rendez-vous ;
Fraiche comme un bouquet, tu n'étais jamais lasse
Pour danser, pour chanter les vieux airs de chez nous .
Des enfants débouchaient de toutes les ruelles ,
Te rappelles-tu leurs cris d'admiration ,
Quand le vent qui jouait à souffler les chandelles ,
Mettait le feu ,parfois ,à quelques lampions .
Des fenétres venait une odeur de friture:
Les beignets croustillants figuraient au menu,
Féte des braves gens, féte de la nature,
Nous chantions le printemps, les beaux jours revenus.
Et ces retours à deux , au pied de la colline ...
Les cerisiers chargés nous tendaient leur moisson,
Qu'importe si les fruits étaient à la voisine ,
Nous connaissions le chien qui gardait la maison .
Ivres dans l'air bleuté,luciole et phaléne :
Feux follets de la nuit nous montraient le chemin;
Le crapaud répétait sa lassante rengaine ,
Le clocher nous parlait déja du lendemain.
Nous formulions des voeux quand rapide, une étoile
En sa robe de bal se mouvait dans le ciel,
Tandis que déchirant des ténébres le voile ,
Apparaissait le toit du logis paternel
Résigné, je cueillais une rose au passage
Et laissais sur son coeur mes lévres se poser...
Je te l'offrais ,Lison ,te laissant le message
D'un tendre amour naissant et mon premier baiser !
De Yolande Brachetti (1963 )
